Bleu Note
“J’ai lâché tout ce qui avait de l’inertie comme le leste qui empêche le ballon de l’élever.
J’ai ressenti la vibration de ce qui est.
Alors les mots et les idées se bousculaient, tout ceci était donné.
Cette inertie venait de mes certitudes, de mes conditionnements et m’empêchait d’être ce que je suis.
Libéré alors, tout devient plus subtil, plus joyeux.
Je m’empêchais d’être heureux, de vivre la joie, de vibrer avec elle.
À certains moments, comme lorsqu’on est réunis avec quelques bons copains,
on ressent comme un accord où chacun exprime sa note, sa vibration et cet accord est ressenti comme on ressent un accord de jazz.
Je comprends alors ce que tu voulais dire quand tu me parlais de la blue-note.
Et il n’y a pas de blue-note sans l’accord qui lui donne sa raison d’être.
Il faut juste vouloir s’abandonner à la vibration de ce que l’on est,
et lâcher l’inertie du mental qui juge et qui impose sa vision de ce qui est bien ou mal, beau ou laid.
Alors on a le ressenti de ce qui ne demande qu’à s’offrir, à se donner en abondance.
Alors, on n’a plus envie de poursuivre ses anciens schémas, cette lourdeur qui est comme le doigt qui empêche le verre de cristal de vibrer et de s’exprimer.
Il faut devenir subtil, spacieux, sans entrave, se rendre disponibles à la vibration de l’Amour qui ne demande qu’à s’exprimer à travers nous comme en toute chose.
Il nous faut accepter l’immensité de l’être. J’écris ces mots sans les chercher, sans conceptualiser.
Ils expriment juste le ressenti qui me traverse à chaque instant.
C’est un don qui est d’autant plus abondant qu’il n’y a pas une personne pour le recevoir.
Je ne ressens pas de la joie mais je suis la joie. Il faut être ouvert à l’inconnu.
Depuis notre rencontre, il y avait quelque chose qui cherchait à se manifester et qui subitement aujourd’hui est apparue comme une évidence. Il y a une intelligence qui cherche à s’exprimer à travers nous, un peu comme un moteur de recherche qui nous donnerait les réponses à des questions que l’on ne s’est même pas posées.”
Claude
Sports d’hiver
Ouf ! Ce tire-fesses est vraiment brutal. Bon, je suis encore debout et ça monte. Il est très long. On ne voit pas l’arrivée. La chaîne des Aravis apparaît, petit à petit, immense, splendide. Bruit des skis sur la neige glacée, cliquetis de la perche au passage des poteaux, brise fraîche sur le visage et soudain… rien que ces sensations, pas de commentaires, une Présence profonde à tous ces phénomènes, le paysage entier flottant dans cette Vision panoramique extra-large. Une attention paisible note toutes ces sensations. Voir… Un seul grand espace sur les épaules…Et dans ce Voir apparaît les sons, les sensations , le ressenti corporel… Un seul Grand Espace rempli du paysage, des bruits, et même les quelques pensées sont notées, comme un son qui naît, qui passe, seule la Présence immuable, calme, paisible…Devant, tiens, deux bras. Mais attachés où ? A l’espace, qui Voit… C’est l’arrivée. Une pensée surgit : » Bon, fais gaffe, tu n’es pas un champion et à ton âge.. » Elle est vue , pas de réaction, le Calme est là, la perche est lâchée, dérapage , arrêt….ça fonctionne tout seul. Le groupe arrive, choix de la piste, c’est parti. Calme et Tranquillité, jusqu’en bas. Et Michèle s’exclame : « Ben dis-donc, tu progresses, tu arrives en même temps que nous maintenant ! »
« Tu »…..Euh ? Ah oui, c’est vrai, j’avais oublié « Moi » !
Jean
Dans les années 85, j’ai pratiqué le Zazen régulièrement en participant à des Sesshins (semaines de méditation), dans le courant Zen Rinzaï. Je lisais tout ce qui se rapportait au Boudhisme Zen . Puis quelques années plus tard, un ami m’a fait connaître la pratique du Vipassana, tradition « moine de la forêt ». Je lisais toujours autant, (Nisargadatta, Balsekar, Maître Eckart ….). Puis , j’ai rencontré Jean Bouchart d’ Orval. (Son discours et celui de Denis sont identiques). Et, je suis tombé sur un article de Denis, dans la revue « 3ème Millénaire ». J’ai « dévoré » tout son site. Denis a répondu à toutes mes questions. La course à l’éveil, un jour, est apparue illusoire : là où nous sommes est l’endroit privilégié pour se connaître. Rester tranquille, détendu, vigilant, accepter tout ce qui apparaît dans la conscience et …. un jour, Voir que le « Je », le « Moi » n’est qu’ une pensée émergeant d’une énorme Tranquillité Silencieuse.
Images de la séparation
Jean-Pierre est l’une des toutes premières personnes qui a pris contact par le biais du site. Cela c’est produit avant même que le livre ne soit publié. Depuis, nous nous retrouvons régulièrement à l’occasion de ses venues sur Paris.
C’est un chercheur de longue date qui a effectué plusieurs séjours en Inde. C’est au retour de son dernier voyage que, retrouvant l’illusion devenue trop énorme, la bulle a éclaté. Au bout du compte, cela n’a pas fait de lui quelqu’un de spécial. Au contraire, il est resté très modeste. Je le vois comme un « jeune poussin » ébahi, tout juste sorti de l’oeuf. Je suis impatient de le voir s’affirmer, de le lire et d’entendre ce qu’il a à révéler.
Merci pour ces premiers textes.
DM
Cher Denis,
Chacune de nos rencontres depuis maintenant deux ans a été une véritable joie. Tout d’abord, par la présence qui coule à travers toi et par la nature de nos échanges à la fois profonds, mais aussi simples, où différents points de la vie et du chemin (qui n’est pas séparé de la vie) sont abordés.
Je t’adresse ci-après quelques textes spontanément sortis.
Fraternellement
Jean-Pierre
Images de la séparation
Une image me vient souvent :
La vie est comme un fleuve, d’une totale unité, unicité.
Pendant longtemps, je me suis cru une goutte séparée de ce fleuve, pouvant volontairement me diriger dans telle ou telle direction, me séparer du fleuve, aller sur la berge, revenir, etc.
Et puis vint une compréhension de ce qui est là. C’est la vie qui dirige tout ce courant. C’est la vie qui est tout ce courant. Je ne fais rien, je fais partie intégrante du fleuve, je suis consubstantiel à lui. « Je » n’existe pas.
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C’est la vie, la source qui façonne ma recherche. Je suis comme un œuf, et la vie tape sur la coquille avec les conséquences que cela a.
Des chocs, des fissures ont lieu. Si un effondrement complet doit se produire, il se produira.
Je ne suis pas un être « séparé » dans l’œuf, avec un maillet qui tape sous diverses coutures (avec différentes techniques) sur la coquille, pour être « Maître » de « mon » évolution.
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La vie est semée de moments d’unité avec tout ce qui est là. L’enfance n’est que cela. Puis vient le temps de la séparation et de la poursuite incessante d’autre chose que ce qui est là.
La vie propose à chacun de nous des moments où l’unité est là. Pendant des années, j’ai cru que des apprentissages, des enseignements, des techniques allaient me diriger vers cela. Et du coup, je me suis engagé successivement dans plusieurs enseignements. Toutefois, avec à chaque reprise, la sensation profonde que je ne choisissais pas tel ou tel, de m’engager ou pas, mais que cela s’imposait de soi-même comme une évidence.
Parallèlement, pendant toutes ces années, ces « moments d’unité » qui m’étaient donnés venaient de même dans des situations diverses. Celles-ci pouvaient être agréables, lors d’un « contact » avec la nature, un enfant, un animal ou une personne. D’autres situations pouvaient être douloureuses ou dangereuses : accompagnement d’un proche en train de mourir, accident de voiture. Tout cela simultanément très intense, mais aussi naturel et simple. Ces moments ont été pleinement vécus et acceptés dans l’instant.
Puis, assez brutalement, une évidence s’est imposée : j’étais déjà ce que je recherchais, et que cette poursuite incessante d’autres choses n’était qu’une « pseudo perfection ». Il n’y a nulle part où aller.
Cette soudaine révélation, successivement acceptée, puis rejetée, jusqu’à l’arrêt total de vouloir quoi que ce soit. Simplement, laisser vivre ce qui est là. Je n’ai rien fait pour cela, cela s’est fait, de lui-même, et s’est imposé comme une évidence.
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